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18/02/2022

Par

Ekestrian

Produire dans le sang : ce week-end, Xavier Leredde vous présente le studbook Anglo-normand au Salon des Etalons de Saint-Lô

Image : Papillon Rouge monté par Xavier Leredde aux cotés d'Hervé Godignon et Quidam de Revel aux Jeux Olympique de Barcelone 1992, chefs de races et descendants du studbook Anglo-Normand originel.

Les enchères Ekestrian s’appuient sur la recherche des meilleurs lignées d’aujourd’hui et de demain afin de vous proposer toute l’année des produits destinés au plus haut niveau de la discipline. C’est pour cela que nous avons le plaisir de vous informer de la réouverture du studbook Anglo-Normand sous l’impulsion de Monsieur Xavier Leredde, directeur du Haras des Rouges. Ce studbook a donné à l’élevage français de grands champions et saura intéresser les éleveurs à la recherche de chevaux dans le sang.

Xavier Leredde, directeur du Haras des Rouges à qui l’on doit, entre autres, Papillon Rouge, a réorienté dans les années 2000 son activité dans l'élevage de Pur-sang et de l'AQPS et s’illustre dorénavant dans les courses d’obstacles.

Grand nom du saut d’obstacles, il demeure très investi dans la discipline et souhaite faire renaître le studbook Anglo-Normand créé par son père, Fernand Leredde, en 2005. A cette occasion, il sera présent au Salon des Etalons de Saint-Lô pour faire (re)découvrir ce studbook dans le sang !

Lors du Salon des Étalons, vous allez présenter sur votre stand ce studbook français qui se distingue du Selle Français et de l’Anglo-Arabe et qui est peut-être l’avenir du cheval français de haut niveau. Ses origines remontent pourtant au siècle dernier et est actuellement le plus proche du studbook originel, pouvez-vous nous parler de la genèse et du principe fondateur du studbook Anglo-Normand ?

Xavier Leredde : Le studbook Anglo-Normand est né juste après la Seconde Guerre Mondiale, sous l’égide du directeur du Haras de Saint-Lô de l’époque, Monsieur Paul de Laurens de Saint-Martin et de son sous directeur, Monsieur Jacques de Royer-Dupré, père d’Alain de Royer-Dupré, entraîneur de son altesse Aga Khan

L’objectif de ce studbook était alors de produire des chevaux performants au plus haut niveau de la compétition.

Pour ce faire, Monsieur de Laurens de Saint-Martin a tout de suite compris l’importance du sang dans ce studbook, du sang par le pur-sang, du sang par l’anglo-arabe, du sang par l’AQPS, du sang par le trotteur et du mélange des juments locales avec ces étalons de différentes races. C’est ainsi que des chevaux de grande qualité sont nés et ont permis d’arriver aux chefs de races exceptionnels que nous connaissons tous aujourd'hui, descendants de la lignée d’Ibrahim, tels que Jalisco, Almé, Papillon Rouge ou encore Quidam de Revel.

Également, la plupart des grandes matrones du studbook de l’époque sont montées sur ce schéma. Gazelle d’Elle, matrone du studbook de la famille Pignolet, sa 1ère mère est par le Pur Sang L’Alcazar et sa 2ème mère par le Pur-Sang Ivanoe, c’est une jument dont le père était un selle Uriel sur une mère ¾ pur, peu de gens le savent. Dirka la mère de Quidam de Revel, a pour père de mère le Pur-Sang Harphortas et la liste est encore longue ! 

Mon père m’a d’ailleurs donné il y a quelques années le tome 1 du Studbook Anglo-Normand, édité vers la fin des années 40, auquel je tiens énormément et qui reprend tous ces éléments fondateurs comme l’importance du sang..

Pouvez-vous nous rappeler quelques grands marqueurs de la performance de ces chevaux de type Anglo-Normand ?

Xavier Leredde : Ce studbook a vécu des années exceptionnelles, avec comme point d’orgue, la victoire de l’équipe Jappeloup, célèbre exemple du croisement d’un étalon trotteur avec une mère Pur-Sangde France lors des Jeux Équestres Mondiaux de 2002 à Jerez de la Frontera. L’équipe alors composée de 4 couples cavalier-cheval devient alors Championne du Monde par équipe avec.. 4 étalons purs Selle Français de type Anglo-Normands ! Eric Levallois avec Diamant de Sémilly , Gilles Bertran de Balanda avec Crocus Graverie, Reynald Angot avec Dollar de la Pierre et Eric Navet avec Dollar du Murier (grand-mère Pur-Sang). A noter que Eric Levallois et Dollar du Murier ont également décroché la médaille d’argent en individuel.

Jappeloup, célèbre exemple du croisement d’un étalon trotteur avec une mère Pur-Sang.

Les derniers représentants en date du Selle Français de type Anglo-Normand sont par exemple Orient Express, Rahotep de Toscane & Urvoso du Roch. 

Aucun autre studbook au monde jusqu’à présent, qu’il soit allemand, hollandais ou belge n’a réalisé cela. Seul le Selle Français anglo-normand l’a fait : cette extraordinaire performance est le résultat de 50 années de sélections, judicieux mélange d’anglo, de pur, d’AQPS et de trotteurs sur les souches normandes. 

Votre constat concernant le cheval français d’aujourd’hui est qu’il peine à se maintenir au plus haut niveau, concédant régulièrement des places aux chevaux étrangers sur les grandes échéances. Selon-vous, quelles orientations ont conduit à cet état ?

Xavier Leredde : J’ai fait partie du premier bureau du Selle Français, sous la présidence de Philippe Curti. A cette époque nous avions, entre autres, créé 2 sections dans le studbook : l’une ouverte à tous chevaux (aux chevaux étrangers et au mélange des poulinières avec les chevaux étrangers) et l’autre pur Selle Français, ce qui était une très bonne initiative parmi tant d’autres. Pour nous, un des points principaux était d’avoir un élevage français qui conserve l’apport de sang à tout prix, que ce soit par le PS ou
encore l’AA.

Le bureau qui nous a succédé a choisi d’emprunter une toute autre voie comme par exemple la moindre importance accordée à l’apport de sang au profit de l’ajout de sang étranger. Je n’ai jamais été opposé au sang étranger mais seulement pour des chevaux étrangers très qualiteux, hélas, ça l’a n’a pas été le cas. 

Ce choix n’était pas un choix des éleveurs mais celui imposé par seulement quelques étalonniers. De ce fait, nous sommes dorénavant à la remorque des studbooks étrangers. Ces nouveaux chevaux français que nous produisons n’ont presque rien de français et rien de très attrayant. 

En 20 ans, 50 années de sélection ont été détournées par la perte de vue de ces principes qui nous animaient et qui menaient de façon probante, à l’excellence française.

L’ajout de sang, notamment provenant de Pur-sang dans l’élevage de chevaux de CSO, serait-il donc l’atout majeur pour produire les champions de demain ?

Xavier Leredde : Cela fait 20 ans que j’entends dire que le Pur-Sang n’a aucune valeur, qu’il est destructeur. Ceci est complètement erroné, ce sont des propos tenus par des personnes que nous voyons rarement sur les champs de course et qui n’ont jamais monté ou élevé un Pur-Sang. Cela ne vaut pas la peine d’aller chercher du sang ”moyen” de chevaux de sport étrangers, l’apport de Pur-Sang est bien plus qualiteux.

En effet, pour les très bons chevaux, les souches Pur-Sang d’obstacles et Pur-Sang de jumping se retrouvent très souvent. Par exemple, Falcone Rouge (ndlr. champion des 2 ans à Saint-Lô en 2017 puis exporté en Allemagne) et son propre frère de grande qualité Him’Alaya Rouge ont pour père de mère Villez, Pur Sang, que l’on retrouve également dans la souche maternelle du champion de steeple-chase Frère D’Armes, également élevé au Haras des Rouges, et entraîné par Dan Skelton, fils du célèbre Nick Skelton. (cf. https://bit.ly/3sIps0o)

Selon vous, est-ce que les chevaux en épreuve Amateur ont besoin de sang tel que celui apporté par l’Anglo-Normand ? 

Xavier Leredde : Non mais pour courir des GP 5* et gagner dans un barrage le sang est important. 
Ayant couru Aix-la-Chapelle, quand on fait avec le même cheval, le GP d’Europe le vendredi, la Coupe des Nations en 2 manches, puis repos le samedi et le GP d’Aix la Chapelle le dimanche, je garantis que lors de la 2ème manche les chevaux qui n’ont pas de sang ne finissent pas sans faute sur le second parcours, c’est l’influx qui leur fera gagner le GP d’Aix la Chapelle, refaire un barrage Sans Faute c’est par le turbo, par le sang ! 



Him'Alaya, Tyrol Rouge avec une mère Pur-Sang par Villez - Credit @BreedinGLOBAL - Interrégional des 4 ans à Auvers

Avez-vous un dernier message à faire passer pour conclure cette interview ?

Xavier Leredde : Je souhaite transmettre tout ce que j’ai pu apprendre et comprendre lors de ces années de sélection, notamment au contact de ces gens formidables que j’ai côtoyés et qui étaient animés comme moi par cette envie de produire du cheval pour gagner au plus haut niveau, aussi bien en CSO qu’en courses. Je suis prêt à aider des éleveurs pour le haut niveau. C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé de rouvrir le Studbook Anglo-Normand, créé par mon père dans le but de nommer, de conserver et d’entretenir comme il se doit le réel studbook originel. 

Rendez-vous ce week-end à Saint-Lô !

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