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Posté le

11/02/2021

Par

C. B.

Gaëtan Decroix, un cavalier au grand coeur

Gaëtan Decroix, cavalier et éleveur belge établi en Normandie, réitère son opération caritative auprès de la plateforme d’enchères Ekestrian afin de soutenir la lutte contre le cancer à travers son projet Horse & Hope.

Plus de 1000 saillies et paillettes, gracieusement offertes par des étalonniers, sont présentées le 16 et 17 février sur www.ekestrian.com dont une partie des bénéfices sera reversée à la fondation "Les Amis de Bordet", qui œuvre pour l'institut de soin et de recherche contre le cancer Jules Bordet..

En 2020, grâce à la générosité des étalonniers et des enchérisseurs, la vente aux enchères a permis de récolter près de 34 000 euros en faveur de la lutte contre le cancer.

Gaëtan Decroix et son projet caritatif sont à découvrir à travers une interview très personnelle d'un cavalier au grand cœur. Il nous parle de la maladie, la création d’Horse & Hope, le soutien de ses proches, son message aux personnes touchées par le cancer et bien plus encore :

 

Gaëtan Decroix, vous avez créé l’association caritive Horse & Hope en 2019 pour soutenir la lutte contre le cancer. Comment vous est venu l’idée d’un appel aux dons sous la forme d’une vente aux enchères caritative en ligne ?

J’ai eu deux cancers, l’un en 2015, l’autre en 2019. On m’a alors proposé de rentrer dans un programme expérimental, avec un traitement très lourd qui obligeait d’être en isolement en chambre stérile pendant plusieurs semaines, sans garantie de résultats supérieurs à ceux des traitements connus. Mon cœur avait envie d’aider la science, mais j’avais d’autres projets. Je n’ai pas eu le courage, j’ai refusé. 2019 était une année avec un contexte émotionnel très fort, riche du point de vue de l’amitié et du sport. J’ai eu envie de dire merci à la vie, de remercier, à ma manière, ceux qui soignent et ceux qui travaillent sans relâche pour trouver de nouveaux traitements. Je me suis alors dit qu’offrir, de la part de mes confrères, une saillie de leur(s) étalon(s) dans une vente aux enchères dont les profits seraient reversés à la recherche contre le cancer ne devait pas être insurmontable. Et j’ai eu raison.

Comment avez-vous convaincu les donateurs ? Quel message avez-vous voulu leur transmettre ?

Le cancer est une maladie qui concerne tout le monde. Il n’y a pas une personne qui ne soit touchée, dans son propre corps ou dans celui de ses proches. Le cancer m’est tombé dessus sans prévenir. Le regard des autres a changé sur moi. Je ne me suis jamais caché. Il y a beaucoup d’argent dans notre milieu, qui peut paraître, parfois, un peu superficiel mais où il y a aussi, et surtout, beaucoup d’humanité. En 2019, j’ai commencé par contacter des amis. Tout est allé vite, j’avais à peine le temps de finir ma phrase, d’argumenter sur la mise en avant des étalons via la promotion autour de la vente en ligne qu’on me posait la question : « Que donner ? ». Rien. Une dose qui passe parmi tant d’autres. Les enchérisseurs, de leur côté, n’ont pas hésité à mettre un peu plus d’argent dans la vente, ils voulaient contribuer. Mon message était passé : le cancer peut se soigner, il ne doit plus être synonyme de mort. Il faut en parler, il faut lutter, il faut aider la recherche, les malades et leur entourage.

Quels sont les objectifs d’Horse & Hope pour les prochaines années ?

En 2020, Horse & Hope a récolté 33 673€ qui ont été reversés à deux associations, Se Vince et les Amis de Bordet. La clinique de Bordet, qui est un site majeur dans la recherche contre le cancer en Belgique, est aussi le lieu où j’ai été soigné. La somme versée aux Amis de Border a servi pour apporter de l’aide psychologique aux jeunes cancéreux.
Pour la vente 2021, je suis directement contacté par de nouveaux donateurs qui veulent offrir une saillie de leur(s) étalon(s). Parfois, je ne les connais pas. Même si la mise en avant de leurs chevaux est réelle, ce n’est pas leur première motivation. Ils veulent aider, encourager. Cette année, la vente Horse and Hope proposera un embryon. C’est une première qui montre l’engagement des donateurs car concevoir un embryon coûte de l’argent. Il y aura aussi un bijou de la maison Marie Mas. Je ne suis qu’un chef d’orchestre. Les musiciens, les artistes sont les donateurs et les enchérisseurs. Je tiens également à souligner l’engagement de l’équipe Ekestrian qui va bien au-delà de ce qui est attendu dans le cadre d’un travail.

La vente aux enchères en ligne est un commencement. Horse & Hope est un projet commun où chacun a envie d’aller plus loin. J’imagine, pourquoi pas, un gala avec des lots autour du cheval : saillies, embryons, mais aussi matériel d’équitation et œuvres d’art…qui mettrait les donateurs en lumière. Un peu sur le modèle de l’association JustWorld International qui lutte contre la pauvreté des enfants et travaille pour leur éducation. C’est un peu plus facile aux USA car, là-bas, la réussite est mieux acceptée. Il faudrait pourtant apprendre à se nourrir de la réussite des autres car elle est contagieuse.

Du temps est nécessaire pour monter un tel projet. Je n’en ai pas beaucoup mais j’en dégagerai. Je commencerai sans doute avec des amis, ce sera d’abord un projet de copains. L’amitié est essentielle pour moi. Elle permet de faire de grandes choses.

Que pensez-vous des avancées de la recherche contre le cancer ?

La recherche contre le cancer avance tous les jours. Beaucoup de cancers se soignent aujourd’hui. Les traitements sont meilleurs qu’hier et seront plus efficaces demain. Ils sont aussi mieux tolérés. Je reçois beaucoup de témoignages, avec la parole qui se libère autour du cancer, et beaucoup de disent qu’avec les traitements qu’ils ont eu il y a quinze ans, ils n’auraient jamais pu continuer à mener leur vie comme j’ai mené la mienne. Mais la recherche, et l’accompagnement des malades et de leur entourage, coûtent cher. Horse & Hope, c’est une goutte d’eau dans l’océan mais grâce à toutes les petites gouttes, on va y arriver tous ensemble. Si Horse & Hope, par l’argent apporté, parvient à sauver ne serait-ce qu’une seule personne dans les 30 prochaines années, j’aurais gagné.

Vous vous êtes marié en 2020 avec votre compagne Alice Tréhoust. Comment l’amour de vos proches vous a-t-il aidé à surmonter votre maladie ?

J’ai demandé ma future épouse en mariage une veille de rentrée à l’hôpital car je savais que j’allais être très faible dans les semaines à venir, probablement incapable de rien faire. Elle a été tellement présente pour moi ! Mon médecin me disait que le cancer était souvent une source de séparation. Il y a une phase presque plus difficile pour l’entourage que pour le malade (une fois la claque prise de l’annonce d’un cancer). L’entourage n’a pas la proximité avec les médecins, les explications, le soutien. Nous, cette épreuve nous a renforcé. J’ai changé humainement. A l’hôpital, j’ai vu des personnes âgées, mais aussi des jeunes, des enfants malades, ça ne s’oublie pas. Je savoure davantage la vie. Mon épouse est plus prudente que moi, mais moi je veux tout faire, je sais que chaque instant est précieux. J’ai changé mon style de vie, j’étais un cavalier de concours, je courrais partout. Quand je vois Jérôme Guéry sur Quel Homme de Hus, je n’ai jamais le regret de me dire c’est mon cheval et que je ne suis pas dessus. Mais c’est aussi parce que Jérôme, et son épouse Patricia, sont nos amis.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux personnes qui sont atteintes d’un cancer et à leur entourage ?

Outre que les traitements sont de plus en plus efficaces et que la science avance très vite, je voudrais leur dire qu’il faut parler, ne pas rester seul. La parole est puissante et en elle réside une partie de la guérison. Le corps se soigne aussi avec la tête et le partage avec les autres est essentiel. C’est ce qui a beaucoup marqué les autres quand j’ai été clair sur ma situation. Mon premier cancer, en 2015, était un cancer du testicule. Quoi de plus personnel ? Or ce cancer est le plus courant chez les hommes jeunes. Je me suis dit que si je libérais ma parole, d’autres le feront et pourront être dépistés, soignés, aidés plus vite. Alors que le cancer du sein est (presque) abordé sans tabou, ce n’est pas le cas d’un cancer du testicule, parce qu’il touche à l’image de la virilité… Mon second cancer s’est manifesté sous la forme de cellules résistantes dans les ganglions abdominaux. J’ai dû subir une chimiothérapie assez agressive. Mais je me suis relevé. Les médecins sont souvent pessimistes, car ils préfèrent préparer au pire que de donner de faux espoirs, mais il faut se battre, s’accrocher. Rien n’est jamais perdu. Je veux ajouter qu’actuellement, le monde tourne autour de la Covid 19, ce qui met de côté les autres pathologies soit parce que les gens ont peur d’aller à l’hôpital, soit parce que les médecins ne peuvent pas les recevoir. Il faut insister pour poursuivre les traitements en cours. C’est vital.

Pour terminer cet entretien, pouvez-vous nous parler un peu des chevaux, de votre relation avec eux ? Quel est votre premier souvenir à cheval ?

Je ne suis pas issu du milieu. J’avais des parents qui travaillaient énormément. Ils n’avaient pas beaucoup de temps pour s’occuper de moi, alors ils m’ont déposé au stage de poney et j’ai adoré ça ! J’étais dans un poney club formidable, j’y ai passé mes week-ends, mes vacances. C’est toutes ma jeunesse !

Qu’aimez-vous-en eux ?

Ah, c’est une curieuse question pour moi qui suis professionnel ! C’est difficile d’y répondre spontanément… Ce que j’aime, c’est leur regard. La complicité qui s’installe. J’ai des chevaux vraiment gentils et c’est un plaisir de s’en occuper. Mais il y a quelqu’un qui compte plus que tout, c’est Quel Homme de Hus. C’est un cheval intelligent. On a l’impression qu’il comprend tout car il sait tirer parti de chaque moment. On nous a proposé de très grosses sommes pour Quel Homme. Mais c’est notre ami, et on ne vend pas son ami.

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